Jean-Pierre

Quand Jean-Pierre se prenait encore pour un poète
Et que maman lisait les revues à deux sous
Le monde entier pouvait bien nous faire la tête
On s’en fichait pas mal puisqu’on était chez nous
Bien sûr chez nous c’était pas l’Pérou ni Byzance
Faudrait pas mélanger les riches et les paumés
Mais chez nous quand y avait plus qu’une seule orange
On savait partager, on savait partager

L’hiver on partait pas pour visiter la neige
Et l’été c’était rare quand on quittait le trou
Mais comme on s’fichait bien des notes et du solfège
Tout l’été tout l’hiver on braillait comme des fous
On gueulait des chansons, on braillait des poèmes
Et quand y en avait marre, qu’on en avait assez
On allait s’réfugier dans la cave de Lucienne
Se fabriquer d’l’amour sur la fille du crémier

Quand c’était l’temps, le temps
Où l’on allait
Plus souvent à l’école des quatre vents
Qu’à la vraie

Tu vois c’était presque rien mon enfance
Mais elle t’aurait plu mon enfance
Si tu l’avais faite avec moi.

Quand Jean-Pierre se prenait encore pour un poète
Et que maman lisait les revues à deux sous
J’aurais voulu qu’tu voies quand on faisait la fête
J’aurais voulu qu’tu voies comme c’était bien chez nous
Y avait tous les voisins, on sortait les guitares
On jouait des cuillères et de l’accordéon
Et on se séparait que dans la nuit très tard
En pissant aux fenêtres le cœur plein de chansons

Maman disait : « Un jour quand on s’ra millionnaire
On s’achèt’ra l’soleil pour le garder chez nous »
Si j’y comprenais rien ça faisait rire Jean-Piere
Et d’le voir rigoler ben j’riais du même coup
On n’avait pas besoin de se creuser la tête
Pour s’amuser tu vois, c’était comme ça chez nous
Quand Jean-Pierre se prenait encore pour un poète
Et que maman lisait les revues à deux sous

Quand c’était l’temps, le temps
Où l’on allait
Plus souvent à l’école des quatre vents
Qu’à la vraie

Tu vois c’était presque rien mon enfance
Mais elle t’aurait plu mon enfance
Si tu l’avais faite avec moi