Les Lunes de Mme W.

Doublevé a passé une mauvaise nuit
Ça se produit à chaque fois que Madame a ses lunes
Et que pour oublier un peu son infortune
Il s’applique à vider un litre de whisky.

Et chaque fois, le lendemain, il déteste la terre.
Il ressort les vieux colts avec le vieux chapeau
Et il astique pendant des heures la Winchester
En jouant du clairon à l’ombre du drapeau.

Il fait brûler des croix dans le fond du jardin
Il casse les æufs des poules qui sont à la couvée
Et y fait pas bon être un Black ou un Indien
Le lendemain des lunes de Madame Doublevé.

Il engueule ses voisins, il crache sur ses amis
Il s’installe dans l’allure d’un Jésus énervé
Et il vomit sa bile sur tout c’qu’est pas comme lui
Le lendemain des lunes de Madame Doublevé.

Et j’me dis : c’est une chance qu’il n’soit pas président,
Ce pauvre Doublevé qui a si peu d’amour
Qu’il nous foutrait la guerre pour avoir un passe-temps
Viril et salutaire tous les vingt-huit jours.

Faudrait lui supprimer sa bouteille de whisky
Lui secouer sa couette, changer ses oreillers
Et lui faire cadeau d’une Monica Lewinsky
Le jour où il y a les lunes chez Madame Doublevé.