{"id":2376,"date":"2016-12-28T12:55:53","date_gmt":"2016-12-28T11:55:53","guid":{"rendered":"http:\/\/francoiscorbier.com\/corbier\/?p=2376"},"modified":"2017-02-21T12:59:06","modified_gmt":"2017-02-21T11:59:06","slug":"mon-cher-journal-29","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/francoiscorbier.com\/corbier\/2016\/12\/28\/mon-cher-journal-29\/","title":{"rendered":"Mon cher journal"},"content":{"rendered":"<p>[vc_row css_animation=\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb row_type=\u00a0\u00bbrow\u00a0\u00bb use_row_as_full_screen_section=\u00a0\u00bbno\u00a0\u00bb type=\u00a0\u00bbfull_width\u00a0\u00bb text_align=\u00a0\u00bbleft\u00a0\u00bb video=\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb box_shadow_on_row=\u00a0\u00bbno\u00a0\u00bb][vc_column][no_custom_font font_family=\u00a0\u00bblato\u00a0\u00bb font_size=\u00a0\u00bb18&Prime; line_height=\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb font_style=\u00a0\u00bbnormal\u00a0\u00bb text_align=\u00a0\u00bbleft\u00a0\u00bb font_weight=\u00a0\u00bb700&Prime; text_decoration=\u00a0\u00bbnone\u00a0\u00bb text_transform=\u00a0\u00bbuppercase\u00a0\u00bb text_shadow=\u00a0\u00bbno\u00a0\u00bb show_in_border_box=\u00a0\u00bbno\u00a0\u00bb color=\u00a0\u00bb#b72626&Prime;]<\/p>\n<h4><span style=\"color: #b72626;\">28 d\u00e9cembre<\/span><\/h4>\n<p>[\/no_custom_font][vc_empty_space height=\u00a0\u00bb15px\u00a0\u00bb image_repeat=\u00a0\u00bbno-repeat\u00a0\u00bb][\/vc_column][\/vc_row][vc_row css_animation=\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb row_type=\u00a0\u00bbrow\u00a0\u00bb use_row_as_full_screen_section=\u00a0\u00bbno\u00a0\u00bb type=\u00a0\u00bbfull_width\u00a0\u00bb text_align=\u00a0\u00bbleft\u00a0\u00bb video=\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb box_shadow_on_row=\u00a0\u00bbno\u00a0\u00bb][vc_column width=\u00a0\u00bb2\/3&Prime;][vc_column_text]<\/p>\n<div id=\"id_58ac2aac541cf6c09427767\" class=\"text_exposed_root text_exposed\" style=\"text-align: justify;\">Il \u00e9tait neuf heures vingt lorsque \u00c9mile Soustelle, employ\u00e9 de la Compagnie du Gaz, se pr\u00e9senta au troisi\u00e8me \u00e9tage du 43 de l\u2019avenue Charles Hiebdeau au domicile de Jean-Charles Danglars pour relever le compteur comme il le faisait tous les six mois chez cet abonn\u00e9. Apr\u00e8s avoir sonn\u00e9 plusieurs fois sans obtenir de r\u00e9pons<span class=\"text_exposed_show\">e, il glissa sous la porte un avis de passage et s\u2019appr\u00eatait \u00e0 repartir vers de nouvelles aventures, lorsqu\u2019il s\u2019aper\u00e7ut que la porte du client \u00e9tait ouverte. Bien que n\u2019ayant aucune instruction de ses sup\u00e9rieurs pour le faire, il s\u2019autorisa \u00e0 la pousser ainsi qu\u2019\u00e0 \u00e9lever la voix pour demander s\u2019il y avait quelqu\u2019un. Personne ne lui ayant r\u00e9pondu, il se risqua \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans le logement. La t\u00e9l\u00e9 \u00e9tait allum\u00e9e, comme l\u2019\u00e9tait aussi le m\u00e9diocre lustre qui diffusait, sur les murs de l\u2019unique pi\u00e8ce \u00e0 la peinture \u00e9caill\u00e9e, une triste et blafarde lumi\u00e8re. Le buffet, comme la table, datait des ann\u00e9es cinquante. \u00c9poque b\u00e9nie pour les amateurs de formica. Un christ en croix avec un rameau de buis coinc\u00e9 sous le patibulum \u00e9tait accroch\u00e9 \u00e0 la droite de la fen\u00eatre. Du c\u00f4t\u00e9 gauche, dans un cadre au verre \u00e9br\u00e9ch\u00e9, la photo jaunie d\u2019une star oubli\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 coll\u00e9e. Le clich\u00e9 en noir et blanc provenait d\u2019un magazine aujourd\u2019hui disparu. Le lit \u00e9tait d\u00e9fait. La pi\u00e8ce sentait le caf\u00e9 rance. Le corps mutil\u00e9 de Charles Danglars gisait sur le faux tapis turc, sans doute achet\u00e9 sur eBay ou gagn\u00e9 dans une loterie foraine. Le malheureux, avant d\u2019\u00eatre abattu, avait \u00e9t\u00e9 rou\u00e9 de coups et d\u00e9figur\u00e9 \u00e0 l\u2019aide d\u2019un cutter retrouv\u00e9 pr\u00e8s du corps. Une invraisemblable quantit\u00e9 de balles lui avait fait \u00e9clater le front et le haut de la poitrine. Les dents d\u2019un molosse \u00e9taient imprim\u00e9es dans sa gorge et il ne faisait aucun doute que les cages, d\u00e9sormais ouvertes et vides, qui avaient \u00e9t\u00e9 dispos\u00e9es \u00e0 chaque coin de la pi\u00e8ce, avaient \u00e9t\u00e9 celles de rats, certainement affam\u00e9s, qui avaient lac\u00e9r\u00e9 ses membres, ses v\u00eatements et d\u00e9vor\u00e9 ses doigts. Ses chevilles et ses poignets \u00e9taient encore entrav\u00e9s par des fils \u00e9lectriques. L&rsquo;ensemble de son corps semblait avoir \u00e9t\u00e9 pass\u00e9 par les crocs d\u2019acier d\u2019un hachoir \u00e9lectrique et \u00e9voquait d&rsquo;assez pr\u00e8s le steak tartare qu\u2019\u00c9mile avait aval\u00e9 la veille avec des chips en regardant le match \u00e0 la t\u00e9l\u00e9.<br \/>\nApr\u00e8s s\u2019\u00eatre pr\u00e9cipit\u00e9 dans les toilettes pour y vomir copieusement, il appela la police puis il rentra chez lui.<\/span><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019inspecteur Octave Labrunette avait commenc\u00e9 sa carri\u00e8re au d\u00e9but des ann\u00e9es soixante-dix. Il avait tout d\u00e9sormais du flic vieux style. L\u2019imper, le chapeau, le nez d\u00e9form\u00e9, piqu\u00e9 par des ann\u00e9es de t\u00e9tine. Il sentait le tabac froid et le hareng fum\u00e9. Sa femme l\u2019avait abandonn\u00e9. Il n\u2019avait pas jug\u00e9 utile de la remplacer. Son chat \u00e9tait mort. Il ne voyait plus ses enfants. Il avait eu la surprise le lendemain de la disparition de son p\u00e8re de d\u00e9couvrir qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas le fils de ses parents, qui l\u2019avaient par ailleurs d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9. Physiquement, ce serait mentir de dire qu\u2019il \u00e9tait gros. Mais il \u00e9tait gras. Surtout au niveau du menton, du ventre et des fesses. Cette graisse jouait sur son humeur. Il d\u00e9testait les \u00e9tudiants, les pauvres, les riches, les ch\u00f4meurs, les patrons, les petits commer\u00e7ants, les grandes surfaces, les hommes politiques, les femmes, les ouvriers, les fonctionnaires, les militaires, les employ\u00e9s de banque et les journalistes, mais plus que tout ses coll\u00e8gues flics qui le lui rendaient bien !<br \/>\nSa haine de l\u2019humanit\u00e9 \u00e9tait encore plus forte ce jour-l\u00e0 ! Quelle id\u00e9e aussi de l\u2019envoyer sur une affaire le 28 d\u00e9cembre ! Avec ce froid, et ce crachin m\u00eame pas fichu de faire de la neige !<br \/>\nLorsqu\u2019il pointa son vilain museau au 43 de l\u2019avenue Charles Hiebdeau, il pleuvait. Une m\u00e9chante pluie grasse et collante qui l\u2019avait mis de mauvais poil. Il n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 plus joyeux si la victime avait eu le bon go\u00fbt d\u2019habiter au rez-de-chauss\u00e9e et s\u2019il avait fait beau. Il lui avait fallu plusieurs longues minutes pour parvenir au troisi\u00e8me \u00e9tage en pestant contre l\u2019absence d\u2019ascenseur qu\u2019il n\u2019aurait de toute mani\u00e8re sans doute pas utilis\u00e9, se m\u00e9fiant de ces cabines comme de tout ce qu\u2019il \u00e9tait incapable de ma\u00eetriser.<br \/>\nIl se dirigea imm\u00e9diatement vers le corps. Victor Lancien, le m\u00e9decin l\u00e9giste, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 sur place. Alors, fit Labrunette ? Mort, lui r\u00e9pondit Lancien. Les deux hommes se connaissaient depuis de nombreuses ann\u00e9es. M\u00eame allure. M\u00eame avarice au niveau du vocabulaire. M\u00eames lunettes. M\u00eames rares cheveux gras. Presque les m\u00eames v\u00eatements. Ils auraient pu passer pour des fr\u00e8res ou des cousins. Ils avaient en commun le go\u00fbt du silence et l\u2019art d\u2019\u00e9viter les complications. Mort d&rsquo;accord mais de quoi questionna Labrunette ? Mort naturelle, l\u00e2cha le toubib. Labrunette, en se dirigeant \u00e0 pas lents vers la porte, murmura : \u00ab Je m\u2019en doutais ! Me d\u00e9ranger un jour pareil pour une mort naturelle ! Quelle bande de cons ! Lancien, je vais aller r\u00e9diger mon rapport au bar tabac de l\u2019avenue. J\u2019y resterai une bonne heure. Je te commande un calva, comme d\u2019habitude ? \u00bb Le m\u00e9decin lui r\u00e9pondit : \u00ab Comme d\u2019habitude, OK. Il faut que je pr\u00e9vienne les pompes fun\u00e8bres, ensuite, promis, je te rejoins. \u00bb L\u00e0-dessus, Labrunette entreprit de redescendre \u00e0 pas compt\u00e9s les cinquante et une marches de l\u2019escalier qui le tenaient \u00e9loign\u00e9 du trottoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pluie avait cess\u00e9 son man\u00e8ge et la nuit \u00e9tait arriv\u00e9e. \u00ab Avec ces histoires de changement d\u2019horaire, le jour fiche le camp \u00e0 dix-sept heures ! La fichue clart\u00e9 pr\u00e9tendument r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e le matin, on la perd le soir ! Quelle connerie ! \u00bb Labrunette ne d\u00e9col\u00e9rait pas. Il d\u00e9testait l\u2019hiver. Le froid. \u00ab D\u00e9cembre, quelle plaie ! Et tous ces cons qui vont r\u00e9veillonner se bourrer la tronche et se d\u00e9traquer le foie ! Quel pays de merde ! \u00bb Il remonta son col. Le bistrot \u00e9tait \u00e0 une cinquantaine de m\u00e8tres de l\u00e0. En tra\u00eenant la savate et en soufflant, Labrunette installa son gros ventre derri\u00e8re un des gu\u00e9ridons de la salle commune. Dans le jukebox, un rappeur braillait. Un \u00e9cran g\u00e9ant donnait les r\u00e9sultats d\u2019un jeu ridicule. Il commanda deux calvas, sortit son bic et se mit \u00e0 \u00e9crire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le gamin de la bignole du 43, qui avait f\u00eat\u00e9 ses douze ans le mois pr\u00e9c\u00e9dent, leva la t\u00eate de sa console quand Titus le berger allemand qui somnolait pr\u00e8s du po\u00eale b\u00e2illa. \u00ab Dis m\u2019man, c\u2019est bien le locataire du troisi\u00e8me qui t\u2019avait dit qu\u2019il voulait encore m\u2019offrir des cubes, des Playmobil, la maison des Schtroumpfs, et encore d\u2019autres jeux pour les p\u2019tits pour f\u00eater le Nouvel An ? Hein, m\u2019man ? Ah bon, c\u2019\u00e9tait celui du quatri\u00e8me ?\u2026 Non, m\u2019man, je te demande \u00e7a comme \u00e7a. Je croyais que c\u2019\u00e9tait \u00e7ui du troisi\u00e8me. Je me suis tromp\u00e9. Bon, je te laisse hein m\u2019man, faut que j\u2019aille nourrir mes rats\u2026\u00bb<\/p>\n<p>[\/vc_column_text][\/vc_column][vc_column width=\u00a0\u00bb1\/3&Prime;][vc_column_text]<\/p>\n<h5>Derniers extraits du Journal Secret<\/h5>\n<p>[\/vc_column_text][vc_empty_space height=\u00a0\u00bb15px\u00a0\u00bb image_repeat=\u00a0\u00bbno-repeat\u00a0\u00bb][mpc_grid_posts preset=\u00a0\u00bbmpc_preset_9&Prime; cols=\u00a0\u00bb1&Prime; gap=\u00a0\u00bb20&Prime; taxonomies=\u00a0\u00bb65&Prime; order=\u00a0\u00bbDESC\u00a0\u00bb items_number=\u00a0\u00bb3&Prime; layout=\u00a0\u00bbstyle_3&Prime; thumb_height=\u00a0\u00bb150&Prime; title_font_preset=\u00a0\u00bbmpc_preset_111&Prime; title_font_color=\u00a0\u00bb#333333&Prime; title_font_size=\u00a0\u00bb18&Prime; title_font_line_height=\u00a0\u00bb1.5&Prime; title_font_transform=\u00a0\u00bbuppercase\u00a0\u00bb title_font_align=\u00a0\u00bbleft\u00a0\u00bb hover_title_color=\u00a0\u00bb#b72626&Prime; meta_layout=\u00a0\u00bbdate\u00a0\u00bb meta_font_preset=\u00a0\u00bbmpc_preset_111&Prime; 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